Le tabac, une nuisance à la santé

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Les pays africains bénéficient encore des plus faibles prévalences au monde. Mais si les tendances actuelles se maintiennent, on pourrait atteindre 8 millions de décès par an en 2030 au lieu de 5 millions comme c’est le cas actuellement, et 80% de ces décès seront dans les pays en voie de développement, et tout particulièrement en Afrique.

Plusieurs communications présentées à l’occasion de la deuxième journée de la 3ème session de la Conférence Internationale Francophone sur le Contrôle du Tabac (CIFCOT III), ont abordé la question du tabagisme sous l’angle de ses effets sur la santé humaine. Selon le Dr Chegou Yami Mamadou de l’OMS, pour renforcer le contrôle du tabac, l’OMS adopte une stratégie axée sur le soutien à la mise en œuvre le la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT), la promotion du programme de contrôle du tabac dans les plans d’action des ministères de la santé ainsi que des résolutions de l’Assemblée mondiale de la santé portant sur le tabac à travers l'Initiative pour un monde sans tabac (Tobacco Free Initiative - TFI). Au nombre des facteurs qui contribuent à l’augmentation de la mortalité liée au tabac figurent en bonne place le tabagisme des jeunes et l’expansion de l’industrie du tabac dans les pays en voie de développment.

Par ailleurs, le Dr Chegou Yami Mamadou a fait observer que même si 41 pays sur les 46 de la région AFRO ont ratifié la Convention-cadre (CCLAT), la plupart d’entre eux n’ont pas encore mis en place les principales mesures de contrôle du tabac pour agir sur l’offre et la demande. Le tabagisme est la principale cause évitable de décès liés aux cancers et est responsable de 80 % du cancer de poumon dans le monde. Le paradoxe, selon Hamdi Cherif Mokhtar, Président de l’Observatoire du Tabac en Afrique Francophone (OTAF) est que le taux de décès liés au tabac devrait baisser de 9 % dans les pays développés tandis qu’il va doubler dans les pays en développement. Face à cette menace, les pays africains devraient être plus vigilants en renforçant le contrôle, surtout que les cigarettiers s’établissent de plus en Afrique pour compenser leurs pertes de marché dans les pays du Nord.

Chiffres à l’appui, le Dr Hadiza Djermakoye,  Présidente de l’ONG Tous Unis contre le Cancer a montré comment le cancer est devenu, ces dernières années, un véritable problème de santé publique au Niger. En effet, 5.119 cas de cancers (42,6% chez l’homme contre 57,4% chez la femme) ont été enregistrés de 1992 à 2006, soit en 15 ans. Les difficultés économiques, le manque d’information, l’insuffisance de volonté politique, l’ignorance et les tabous et croyances entravent la prévention, la détection et la gestion effective du cancer dans ce pays. Le tabagisme est également un facteur de risque très important de tuberculose, a dit Dr Mohamed Ould Sidi, Vice-président de l’Observatoire du Tabac pour l’Afrique Francophone (OTAF), et président d'Afrique Contre le Tabac (ACONTA).  En effet, près d’un décès sur cinq décès dus à la tuberculose pourrait être évité si les patients ne fumaient pas. Se fondant sur les cas du Mali et du Burkina Faso, il a affirmé qu’une coordination des programmes nationaux de lutte contre la tuberculose et de lutte antitabac doit être privilégiée pour réduire le désastre causé par ces deux maladies.

Le Professeur Mady Nayama, Médecin chef gynécologue obstétricien, en service à la Maternité Gazobi à Niamey, s’est quant à lui penché sur la problématique du tabac et la santé des femmes. Selon lui, le tabac agit sur les différentes phases de la vie de la femme de la conception jusqu’à l’allaitement en passant par la grossesse, l’accouchement. Principale cible des industries de tabac, les femmes sont exposées à de nombreux risques sanitaires du fait du tabagisme actif ou passif. Après avoir montré comment le tabagisme chez les femmes est en évolution par rapport à celui des hommes, le Professeur Mady Nayama a affirmé que le tabagisme passif ou actif est un un problème sanitaire très sérieux pour la femme et l'enfant. L'exposition de ce dernier à la fumée pendant la grossesse de sa mère et dès les premiers jours de sa vie constitue un très mauvais départ pour la vie avec de multiples conséquence négative ultérieures, en particulier un risque accru de cancers.

Charles Dossou Ligan